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Le 5 mai 2019, à 15 mois du championnat du Monde Vétéran, je suis au centre Claude Robillard pour participer à une rencontre amicale du club d’athlétisme Fleur de Lys pour ma première course sur piste d’un 800 mètres.

Revenons un peu dans le temps pour voir cette progression :

Nous sommes exactement 12 jours après une chirurgie opératoire pour une double-greffe osseuse dans la bouche et après sept (7) jours d’antibiotiques à trois (3) comprimés par jour.

Et voilà je suis inscrite pour courir un 800 mètres!

Le chirurgien m’avait dit : « Tu ne peux rien faire pour au moins une semaine suite à l’intervention. Ensuite tu vois comment tu te sens et tu reprends graduellement l’entraînement. » Je lui réponds que je veux courir un 800 mètres le 5 mai qui vient. Et lui de reprendre, sourire en coin, avec un air moqueur : J’en doute fort! Je suis tellement déterminée que je me suis dite intérieurement : « Eh bien, tu ne me connais pas encore et tu verras bien! »

Les 12 jours ont passé. Durant les 6 premiers jours, je me suis reposée complètement. Les jours suivants, de manière modérée, j’ai repris l’entraînement afin de ne pas aggraver une douleur ressentie à l’ischio jambier et à la fesse gauche. À 4 jours de la course, mon thérapeute préféré, Charles Héroux de Magog, me confirme que ma cuisse et l’ischio jambier sont en forme, sans aucun souci, pour la course de 800 mètres.

Avec tous les entraînements cumulés depuis plusieurs semaines, en dehors du temps de guérison des 2 semaines suite à la chirurgie, j’ose espérer faire ce 800 mètres en 2 minutes 22 secondes.

Le matin de la course, mon entraîneur m’avise que le départ se fera à 13.45.  Étant la seule fille inscrite au 800 mètres, je serai jumelée à la deuxième vague des garçons, afin de ne pas courir seule. Cela me convient parfaitement. J’aurais tout de même aimé être avec plusieurs jeunes athlètes de mon calibre pour un challenge intéressant. Cependant courir avec des hommes cela m’enlève un stress puisque peu importe la position à laquelle je cours, nous ne sommes pas dans le même classement au final.

En attente de mon départ, j’observe la première vague des hommes. C’est un groupe de haut calibre avec 2 lapins pour donner le rythme. Je me rappelais mes courses du début de mes 20 ans en compétition sénior où, mon ami de l’époque, John Carle, courait aussi avec les meilleurs du Canada aux 800 mètres. Une scène familière où John Carle avait signé un temps chrono d’1 minute 48 secondes.

La première vague a terminé. La deuxième vague est composée de 5 hommes, dont 4 jeunes entre 15 et 17 ans ainsi qu’un coureur vétéran d’une catégorie plus âgée que la mienne, et moi en tant que femme.

C’est le temps idéal pour courir le 800 mètres. Un magnifique soleil et un 20 Celsius accompagné d’un vent de face pour le dernier 100 mètres.

Je suis tout de même nerveuse sachant que le 800 mètres est une des plus difficiles épreuves pour le corps. Nous devons pousser le corps à aller aussi vite que possible et au max de ses capacités en dépit de l’acide lactique envahissant les muscles dès la deuxième boucle de la piste. Ces douleurs intenses risquent de faire très mal.

Je me demande toujours si j’aurai la capacité mentale pour surmonter la douleur physique afin de garder le rythme et de terminer la course de façon agressive. Avez-vous déjà eu cette sensation, cette interrogation durant vos courses?

Le départ est donné! Je suis dans le couloir 1 de la piste. L’objectif est de me positionner le plus rapidement possible à l’avant afin de ne pas être «emboitée», prise avec tous les autres coureurs qui sont à ma droite et devant, ce qui m’empêcherait de prendre le bon rythme dès le départ. Surprise, je me retrouve en tête jusqu’à la ligne des 200 mètres. Ensuite Jacob passe devant moi et nous franchisons le 200 mètres en 34 secondes. Je planifiai le suivre le plus possible puisqu’il avait les mêmes temps de passage que moi au 200/300 et 400 mètres. Tout va bien jusque-là. Je franchis la ligne du 400 mètres en 69/70 secondes. Cependant Jacob se met à me distancer et sa capacité à l’endurance commence à paraître.

Le vent de face entre le 300 et le 400 mètres m’a cassée. Mes jambes deviennent tellement lourdes à ce moment que j’appréhende de manière négative le deuxième tour qui reste à faire. 

Plusieurs pensées me viennent en tête comme : peut-être que ma musculation de la veille n’était pas une bonne idée? Bref, j’entreprends le deuxième tour en grande souffrance ayant hâte qu’il soit terminé. Je vois Jacob en avant et ni mon mental ni mes jambes sont à leur maximum. Je complète la course seule en deuxième place, derrière Jacob, n’étant pas consciente que loin derrière il y avait 4 autres coureurs.

Il est étonnant de voir combien de pensées se déroulent dans notre esprit en ces quelques secondes qui nous semblent une éternité.  Suis-je la seule à vivre cela quand notre corps est en grande souffrance?

Temps : 2 minutes, 29 secondes et 1 dixième.

Je n’ai pas réussi mon objectif! Mais j’ai brisé la glace et j’ai fait 3 secondes de mieux que ma première course de l’an dernier à la mi-mai.

Il est difficile d’apprécier nos accomplissements quand nous nous attendions à faire mieux. Il faut cependant reconnaître nos résultats et simplement améliorer nos réactions mentales durant la course.

D’ici la prochaine compétition, je me concentre sur les entraînements actuels pour donner le meilleur de moi-même et vivre des sensations améliorées lors de la prochaine course.

 


Rose Marie Jarry
Athlète, Chef pâtissière et 
Fondatrice de KRONOBAR
"Je relève mon Défi 2020"