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''Oh mon dieu, tu as beaucoup de médailles!'", voici souvent la première réaction des gens quand ils entrent dans mon bureau. Il est vrai que j'ai beaucoup de médailles et de trophées sur mon mur, pourtant ils n'ont pas toutes la même signification ou valeur pour moi.

Je vous dirai qu'en 12 ans d'athlétisme et 5 ans de course à obstacles, il y a particulièrement 2 compétitions dont je suis très fière. Ceci étant dit, j'aimerais partager avec vous ces 2 grands moments:

1- Mon premier 400 mètres sur piste sous les 60 secondes. 

À l'été 2000, j'avais alors 17 ans et je terminais le secondaire. J'étais qualifiée pour les Championnats provinciaux civils qui se déroulaient à l'Université de Sherbrooke. Il faisait très beau et chaud, une journée typique d'un bel été québécois. Je prenais place sur la ligne de départ de la finale dans le corridor numéro 3 sur 8. J'étais encore naïve, donc j'étais peu stressée par la situation. Dans cette vague, il y avait Nake Momoh dans le corridor numéro 4, la favorite du Lac St -Louis.

Le coup de fusil est lancé et je démarre en position debout, puisque les bloques de départ n'étaient pas obligatoire à cet âge. Je cours du plus vite que je peux, ayant moins d'expérience de gestion de ma vitesse et de mon énergie, sur une courte distance. Ceux qui connaissent cette épreuve vont comprendre que si l'on part trop vite, on n'arrive pas à maintenir le rythme. Nos muscles se remplissent d’acide lactique et ça devient vite inconfortable.

Je passe alors la marque de 200 mètres dans une position plus ou moins confortable. Rendue à 250 mètres, les grimaces apparaissent sur mon visage et que je me fais dépasser par les 3/4 des participantes. C'est aussi à cet instant que j'entends clairement les encouragements de Marco, mon entraîneur de l'époque, et mes camarades d’entrainement. C'est alors que, par magie, je réussis à me ressaisir et à reprendre le contrôle de mes muscles. Je me permets un relâchement musculaire pour garder une certaine fluidité et je rattrape le peloton dans le dernier 80 mètres de la course!

Les cris se font entendre de tous les côtés. Nake Momoh est en tête avec une confortablement avance mais Rose Marie Jarry, "la petite fille inconnue de Québec", revient à la charge. C'est avec une belle enjambée que je dépasse la favorite pour terminer la course en PREMIÈRE place avec un chrono de 58 sec 2 dixièmes. Les spectateurs étaient bouches bées. Quelque chose d'extraordinaire venait de se produire: la favorite venait de se faire déloger de la première place par une nouvelle inconnue.

C'est à partir de ce comment que mon nom a commencé à se faire connaitre dans le monde de l'athlétisme et que j'ai pu participer à mes premiers jeux de la Légion à la fin de l'été 2000.

2- Mon meilleur chrono sur 800m.

C'était lors d'une Soirée Crépuscule à Ottawa en 2007. Toute la saison, j'avais tenté de réaliser mon objectif qui me garantissait une place sur le programme d’excellence du gouvernement en tant qu’athlète Élite 1 en plus d'obtenir une bourse de 4000$. Cet objectif, déterminé selon l’âge, était de plus en plus difficile à atteindre à chaque année. En 2007, j'avais 24 ans, et le temps à réaliser aux 800m était de 2:10.20 minutes. À plusieurs reprises, j'avais atteint la marque de 2:10.40 minutes. J'étais si proche, mais incapable d'atteindre l'objectif imposé. J'avais complété mon calendrier de compétition avec déception, puisqu'il me manquait 2 dixièmes de secondes pour avoir droit aux privilèges. C'est pourquoi, malgré ma fatigue, mon entraîneur et moi avions décidé de prolonger ma session de 2 semaines supplémentaires.

Cela nous emmène donc au mois d’août, à Ottawa, pour la dernière course de l'été. À cette époque, il était possible de courir des crépuscules sur piste de façon mixte (homme et femme). Éric, un ami à moi qui était aussi entraîneur et athlète dans notre club, s'est alors proposé de faire mon lapin sur 600m de la course en s'inscrivant aussi dans ma vague de 800m. 

Au moment venu de la course, je suis assez nerveuse mais tout de même confiante. Je prends le départ de cette course avec quinze autres participants. Tout se déroule comme prévu. Je passe la marque du 200m en 32.2 secondes et je me place derrière Eric pour le suivre. Le passage à 400 mètres se fait toujours en contrôle à 64.5 secondes ce qui s'annonce bien pour courir sous les 2 minutes 10 secondes. Rendu à 450m, l'espace entre Éric et moi se fait plus grand, j'ai l'impression qu'il accélère et durant une fraction de seconde je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas capable de le suivre. Ce moment de panique semble si long, pourtant se passe en moins de 2 secondes. C'est à ce moment qu'il se retourne vers moi en me criant après : "ENWAYE ROSE!!!! Accroche-toi!"

Soudainement, j'augmente la cadence de ma foulée tout en contournant les autres participants et je me colle sur Éric. Ça y est, je suis partie! J'ai démarré le turbo, j'avais traversé le MUR et rien ne peut plus m'arrêter. Je me rends à la marque de 600m en 1 minute 37 secondes et c'est le moment où Éric se retire de la course en me criant sans cesse LET'S GO ROSE GO GO GO!!! 

Je m'engage dans la dernière courbe avec le plus de fréquence possible dans mes bras et mes jambes, sans laisser trop l'acide lactique prendre le dessus. Même si j'ai les dents serrées et des raideurs qui apparaissent, je donne le maximum pour finir les derniers 100 mètres. C'est ainsi que j'ai réalisé mon meilleur temps à vie de 2 minutes 09 secondes et 02 centième. J'étais fière d'avoir brisé le 2:10. Jusqu’à ce jour, je n'ai jamais pu refaire cet exploit. Qui sait, peut être que lors de ma préparation pour les Mondiaux de 2020 j'y parviendrai?

Et vous? Quels ont été les moments marquants de votre parcours sportif?


Rose Marie Jarry
Athlète, Chef pâtissière et 
Fondatrice de KRONOBAR
"Je relève mon Défi 2020"

COMMENTAIRES (1)

par Martin Germain

Lors de mes 2 premier demie-marathon, je terminais toujours le dernier km avec un de mes oncles( athlètes a mes yeux) mais a mon troisième j’ai eu la surprise de voir mon père m’attendre pour finir la course. Je me souviendrai toujours de se moment.